Emile Coué (1857-1926)

Pensées et Préceptes de Mr. Coué
Le principe
La clef de ma méthode réside dans la connaissance de la supériorité de l’imagination sur la volonté. Si elles vont dans le même sens quand l’ont dit : « Je veux et je peux », c’est parfait ; autrement c’est toujours l’imagination qui l’emporte sur la volonté.
Quand il y a conflit entre la volonté et l’imagination, c’est toujours l’imagination qui l’emporte. Dans ce cas trop fréquent, hélas ! Non seulement nous ne faisons pas ce que nous voulons, mais le contraire de ce que nous voulons. Exemple : plus nous voulons dormir, plus nous voulons trouver le nom d’une personne, plus nous voulons nous empêcher de rire, plus nous voulons éviter un obstacle en pensant que nous ne pouvons pas, plus nous sommes surexcités, plus le nom nous fuit, plus notre rire éclate, plus droit nous courons sur l’obstacle.
C’est donc l’imagination et non la volonté qui est la première faculté de l’homme ; aussi est-ce commettre une grave erreur que de recommander aux gens de faire l’éducation de leur volonté, c’est l’éducation de leur imagination qu’ils doivent faire.
Les procédés employés par les guérisseurs se ramènent tous à l’autosuggestion, c’est-à-dire que ces procédés, quels qu’ils soient : paroles, incantations, gestes, mise en scène, ont pour effet de provoquer chez les malades l’autosuggestion de guérison.
Lorsque vous vous faites consciemment de l’autosuggestion, faites-la tout naturellement, tout simplement, avec conviction et surtout sans aucun effort. Si l’autosuggestion inconsciente, souvent mauvaise se réalise si facilement, c’est parce qu’elle est faite sans effort.

Le sujet veut faire telle chose, mais, s’imaginant qu’il n’en est pas capable, il fait exactement le contraire de ce qu’il veut.
On prêche toujours l’effort, il faut le répudier. Car qui dit effort dit volonté, qui dit volonté dit entrée en jeu possible de l’imagination en sens contraire, d’où, dans ce cas, résultat précisément contraire à celui que l’on cherche à obtenir.
Je ne veux pas dire que la volonté n’est pas une force. Au contraire, c’est une grande force ; mais elle se retourne presque toujours contre nous. Il faut vous mettre dans cet état d’esprit : « Je désire telle chose et je suis en train de l’obtenir », et comme vous ne faites pas d’efforts, vous réussirez.
Chacune de nos pensées, bonne ou mauvaise, se concrétise, se matérialise, devient, en un mot, une réalité, dans le domaine de la possibilité.
Les choses ne sont pas pour nous ce qu’elles sont, mais ce qu’elles nous semblent être; ainsi s’expliquent les témoignages contradictoires de personnes qui se croient de bonne foi.
Toujours considérer comme facile la chose à faire, si celle-ci est possible. Dans cet état d’esprit, on ne dépensera de sa force que juste ce qui est nécessaire; si on la considère comme difficile, on dépense dix fois, vingt fois plus de force qu’il ne faut ; autrement dit : on la gaspille.
Maitrise
Se croire maître de ses pensées fait que l’on en devient maître.
Pour devenir maître de soi-même, il suffit de penser qu’on le devient… Vos mains tremblent, vos pas sont incertains, dites-vous bien que tout cela est en train de disparaître, et peu à peu cela disparaîtra.
Cultivons l’empire sur nous-mêmes. Évitons la colère, car la colère use notre réserve d’énergie; elle nous affaiblit. Elle n’accomplit jamais rien de bon; elle ne fait que détruire et elle est un obstacle au succès.
Ce n’est pas en moi qu’il faut avoir confiance, mais en vous-mêmes, car c’est en vous seul que réside la force qui vous guérira. Mon rôle consiste simplement à vous apprendre à vous servir de cette force.
La foi
Ayez la certitude d’obtenir ce que vous cherchez et vous l’obtiendrez, pourvu que cette chose soit raisonnable. Et c’est la certitude qui fait qu’on l’obtient, non pas l’espérance.
La suggestion appuyée sur la foi est une force formidable !
L’autosuggestion consciente, faite avec confiance, avec foi, avec persévérance, se réalise mathématiquement dans le domaine des choses raisonnables.
La conviction est aussi nécessaire au suggestionneur qu’au suggestionné. C’est une conviction, c’est cette foi qui lui permet d’obtenir des résultats là où tous les moyens ont échoué.
Ne jamais perdre de vue le (sic) grand principe de l’autosuggestion : Optimisme toujours et quand même malgré le démenti des événements !
Si vous souffrez, ne dites jamais : « Je vais essayer de faire disparaître cela », mais : « Je fais disparaître cela » ; car lorsqu’il y a doute, il n’y a pas de résultat.
Altruisme
L’altruiste trouve sans chercher ce que l’égoïste cherche sans le trouver.
Plus vous faites de bien aux autres, plus vous vous en faites à vous-même.
Pour avoir et pour inspirer une confiance inaltérable, il faut pouvoir marcher avec l’assurance de la sincérité parfaite, et pour posséder cette assurance et cette sincérité, il faut voir au delà de son propre intérêt, le bien d’autrui.
La méthode
Plus je vais, plus je vois qu’il ne faut pas forcer même l’attention ; je cherche à imiter la nature par l’observation. Plus un enseignement est simple et court, meilleur il est. Ne pas chercher à se faire des suggestions diverses : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux », répond à tout.
Simplifiez toujours sans jamais compliquer.
J’emploie des termes non pas vulgaires, mais familiers : ils ont plus de force.
Être sûr de soi et le montrer par le ton de sa voix, être très simple dans ses manières et dans la façon de s’exprimer, être cependant très affirmatif et sembler commander au malade.
Je dis que notre voix est ce que nous la faisons, qu’elle est susceptible d’être cultivée, que nous devons la cultiver et que quiconque veut s’en donner la peine peut acquérir une bonne voix.
Parler de la voix basse de quelqu’un qui est habitué à être obéi.
Ma suggestion générale, dite d’une voix monotone, détermine chez les malades une légère somnolence qui permet à mes paroles de mieux pénétrer dans leur inconscient.
Faites que vos paroles encouragent chez le malade un sentiment de rapport amical et de confiance entière ; il aimera les expériences et vous donnera toute l’attention dont vous aurez besoin. Après que vous aurez fait naître en lui une condition mentale telle qu’il se sente satisfait et en bonnes dispositions, et que vous lui aurez montré que vous êtes son ami, vous réussirez facilement.
Ne jamais plaindre une personne malade ! On me dira : « Oh ! Vous avez le cœur dur. » — C’est dans votre intérêt, cela vous ferait du mal que je vous plaigne.
Quelle que soit la personne que vous ayez entre les mains, vous devrez en faire quelque chose et avoir la conviction (sic) absolue que vous en ferez quelque chose.
Mettez-vous dans l’esprit que vous devez obtenir tel résultat et vous trouverez les moyens nécessaires pour y arriver, et sans chercher, ce qu’il y a de plus curieux. Si vous trouverez que c’est de votre devoir d’amener certaines personnes aux séances, vous trouverez des paroles pour les décider à venir, même pour leur en donner le désir.
Je n’impose rien à personne, j’aide simplement les gens à faire ce qu’ils désireraient faire, mais qu’ils se croient incapables de faire. C’est non pas une lutte, mais une association qui existe entre eux et moi. Ce n’est pas moi qui agis, mais une force qui existe en eux et dont je leur apprends à se servir.
Nous pouvons nous donner à nous-mêmes des suggestions plus fortes que qui que ce soit.
Le physique
L’inconscient dirige tout chez nous et le physique et le moral. C’est lui qui préside au fonctionnement de tous nos organes et même de la plus petite cellule de notre individu par l’intermédiaire des nerfs.
Contrairement à l’opinion généralement admise, la suggestion ou l’autosuggestion peut amener la guérison de lésions organiques. Les affections physiques sont généralement bien plus faciles à guérir que les maladies morales…
L’influence de l’esprit sur le corps existe, j’ajouterai même qu’elle est infiniment plus grande qu’on ne le pense communément. Elle est immense, incommensurable : nous la voyons déterminer quelquefois des contractures ou des paralysies qui peuvent n’être que passagères, mais qui aussi peuvent durer toute la vie, si des circonstances particulières ne viennent pas changer l’état psychique des malades.
Ne vous inquiétez pas de la cause du mal, constatez simplement l’effet et faites-le disparaître. Peu à peu votre inconscient fera disparaître aussi la cause si cela est possible.
L’hérédité existe surtout par l’idée qu’on se fait qu’elle est d’une réalisation fatale.
Nous sommes ce que nous nous faisons et non pas ce que le sort nous fait.
Ce ne sont pas les années qui font la vieillesse, mais bien l’idée qu’on devient vieux ; il y a des hommes qui sont jeunes à 80 ans et d’autres qui sont vieux à 40.
Les stoïciens s’appuyaient sur l’imagination en ne disant pas : « Je ne veux pas souffrir », mais : « Je ne souffre pas.

La maitrise de soi-même, l’autosuggestion consciente Emile Coué 1926